Les Communs, un nouveau regard sur l’économie sociale et solidaire, est un ouvrage
collectif paru en 2019 sous la direction de Cyrille FERRATON et de Delphine VALLADE. Cyrille
FERRATON est un enseignant-chercheur au sein de l’Université Paul-Valéry, ses recherches
portent actuellement sur le rôle des coopératives au sein de la production culturelle et sur
l’emploi peu qualifié dans l’économie sociale et solidaire[1] . Delphine VALLADE est elle aussi une enseignante-chercheuse en économie à l’Université Paul-Valéry, membre de l’UMR ART-
Dev dont elle est directrice adjointe. Ses travaux de recherche portent sur l’économie sociale et solidaire et l’innovation sociale[2].
Cet ouvrage s’inscrit dans un contexte de remise en question des modèles économiques
dominants, de l’extension de la propriété privée capitaliste au cours des dernières années, et du
développement d’autres modes d’appropriation reposant sur la mutualisation et le partage.
L’ouvrage se structure en quatre parties : « histoire », « initiatives solidaires analysées sous
l’angle des communs », « activités génératrices d’innovation sociale analysées à travers la grille
des communs » et « initiatives de développement local dans la perspective des communs ». Cet
ouvrage a ainsi pour objectif de situer l’économie sociale et solidaire par rapport à ces
communs et de s’interroger si la perspective des communs permet de renouveler et d’enrichir le
regard porté sur l’économie sociale et solidaire.
Cela amène donc à se demander en quoi la perspective des communs permet-elle de
renouveler l’analyse et la compréhension de l’économie sociale et solidaire ?
Nous verrons dans un premier temps dans quelle mesure les communs sont un cadre alternatif
pour penser l’économie et l’ESS, puis en second temps comment se mettent en pratique des
communs.
Nous commencerons par nous demander dans quelles mesures les communs peuvent
être un cadre alternatif afin de penser l’économie et l’ESS. Nous commencerons par définir ce
que sont les communs. Les auteurs rappellent que les communs ne se réduisent ni à une
ressource partagée ni à une forme juridique particulière. Les communs désignent les pratiques
sociales qui cherchent à mettre en place une gouvernance collective afin d’assurer l’accès à
certaines ressources et un mode d’allocation de ces ressources entre les acteurs concernés,
qui ne repose pas à titre principal sur le marché ou la redistribution publique. Ils reposent sur
l’articulation de trois éléments indissociables : une ressource, une communauté d’usagers et un
ensemble de règles de gouvernance collective. Cette approche permet de dépasser l’opposition
classique entre propriété privée et propriété publique, en mettant l’accent sur les droits d’usage,
la co-gestion et la responsabilité collective.
Les communs sont présentés comme des constructions sociales et politiques, historiquement
situées et dépendantes des contextes institutionnels. Les auteurs soulignent que leur pérennité
repose sur des mécanismes précis : participation des membres, règles claires, sanctions
graduées et capacité d’adaptation, tels que mis en évidence par Elinor Ostrom.
Nous verrons maintenant les liens historiques et conceptuels avec l’économie sociale et
solidaire. L’ouvrage montre que l’ESS partage de nombreux points communs avec la logique
des communs, notamment en matière de propriété collective, de gouvernance, de « juste prix »
et de finalité sociale. Le recours à l’histoire permet de montrer que des communs se sont
développés à partir de projets qui s’inscrivent dans le champ de l’économie sociale et solidaire,
notamment à partir des trajectoires de la coopération, qui historiquement, se sont opposées à
l’individualisme. La coopération promeut la propriété collective en s’appuyant sur deux règles :
la gestion démocratique et la lucrativité limitée. Les coopératives, mutuelles et associations
peuvent être analysées comme des formes institutionnalisées de gestion collective de
ressources.
Les auteurs montrent alors que les communs constituent un cadre pertinent pour repenser
l’économie et l’ESS, en mettant au cœur des pratiques la gouvernance collective, l’usage
partagé des ressources et la responsabilité des acteurs.
Nous verrons dans cette seconde partie comment les communs peuvent être mis en
pratique, notamment leurs apports, leurs limites et les enjeux pour l’ESS. La seconde partie de
l’ouvrage s’appuie sur de nombreuses études de cas (zones de gratuité, énergie citoyenne,
dispositifs territoriaux d’insertion, microfinance et habitat groupé participatif) pour analyser
concrètement la manière dont les communs se déploient dans les territoires. Les auteurs
mettent en évidence le potentiel des communs en matière d’innovation sociale. En favorisant
l’implication directe des acteurs concernés, ces initiatives permettent une meilleure adéquation
entre les besoins exprimés et les réponses apportées. Elles contribuent également à la
réappropriation collective des ressources et à la construction de formes alternatives de
coopération économique. Ces expériences illustrent aussi la capacité des communs à créer des
espaces de démocratie économique, dans lesquels les usagers ne sont pas de simples
bénéficiaires mais des acteurs à part entière de la gouvernance. Les auteurs montrent que ces
initiatives reposent souvent sur une forte implication des acteurs locaux et sur des formes de
gouvernance horizontales, mais qu’elles nécessitent également un soutien institutionnel pour
assurer leur pérennité. Les collectivités territoriales apparaissent ainsi comme des acteurs clés
dans la reconnaissance et l’accompagnement des communs.
L’ouvrage adopte cependant une posture critique et met en lumière les limites des communs.
Les auteurs soulignent que ces formes d’organisation collective sont traversées par des
tensions internes, notamment en matière de rapports de pouvoir, d’inégalités de participation ou
de risques d’exclusion. Les communs ne garantissent pas automatiquement l’inclusion sociale
ni l’égalité entre les acteurs. Par ailleurs, la pérennité des communs dépend souvent de leur
articulation avec les institutions publiques. Si l’autonomie est une dimension centrale de la
logique des communs, les auteurs montrent que le soutien des collectivités territoriales et de
l’État reste souvent indispensable, notamment en termes de financement, de reconnaissance
juridique ou de mise à disposition de ressources. Cette dépendance pose la question de
l’équilibre entre autonomie et institutionnalisation. Les auteurs mettent ainsi en garde contre une
vision idéalisée des communs, qui seraient présentés comme une solution universelle aux
crises contemporaines. Ils insistent sur la nécessité d’analyser les communs dans leur diversité
et leur complexité, en tenant compte des contextes sociaux et politiques dans lesquels ils
émergent.
Cette seconde partie montre que les communs constituent des espaces d’innovation sociale et
de démocratie économique, capables de produire des réponses collectives adaptées aux
besoins des territoires. Toutefois, leur mise en pratique révèle aussi des limites et des tensions
qui invitent à dépasser une vision idéalisée.
En croisant les notions de communs et d’économie sociale et solidaire, l’ouvrage de
FERRATON et VALLADE démontre que les communs sont un cadre pertinent afin de repenser
l’économie et l’ESS grâce à leurs pratiques communes mais leur pérennité repose sur un
équilibre complexe entre tous les acteurs impliqués.
L’ouvrage invite à repenser les enjeux de propriété, de démocratie économique et de durabilité.
Il constitue alors une contribution importante pour comprendre les dynamiques actuelles de
transformation économique et sociale, et pour penser des alternatives crédibles face aux limites
du modèle dominant.
[1]https://riuess.org/annuaire-des-chercheurs-de-lassociation-riuess/name/cyrille-ferraton/
[2]https://shs.cairn.info/publications-de-delphine-vallade–41995?lang=fr